lundi 5 mai 2008
TXT : COMEDIA LIBRE
En gros t'as la patate, parce qu'il fait beau, qu'il drache pas, niète, et ça te fait briller les mirettes, des milliers de reflets scintillants sur les ardoises.
Et toi une craie dans une main, suspendue en l'air, elle s'est arrêtée à 2 cm de la surface du tableau. Ce n'est pas une crampe, ce n'est pas une volonté qui s'envole, c'est une réminiscence de ce que l'on croyait oublié ; un flash-back doré, enluminé par un expert en bidouillages de trucs et de machins, et tu te dis "la classe, tout ira bien demain".
Puis un écho, un second, de plus en plus fort, de plus en plus précis, qui sourde dans ton corps, menace de t'arracher les paupières. C'est fini, on recommence à jouer sa vie.
Parce que c'est un grand théâtre madame, une formidable danse de comédiens, où je joue mieux que personne, où je ne m'imagine jamais en perdante. Bien sûr oui, je flanche, bien sûr je déborde de mes attentes, mais au fond, ne m'aviez-vous pas vue si franche ?
jeudi 1 mai 2008
La pente ascendante.
J'ai l'impression que c'est l'air du temps qui veut ça. Quelle douceur, la vie au ras des pâquerettes, on aimerait changer le monde avec un brin de paille coincé entre les dents. C'est d'une douceur magnifique, un trait, un voile qui se colle à notre peau, s'en imprègne, nous marque d'une cicatrice incandescente. J'ai baigné dans cette atmosphère de mélancolie heureuse pendant plus d'un mois, et j'en sors enfin, comme je guéris petit à petit. Je suppose que toutes les choses se terminent toujours au même moment pour que l'on puisse commencer d'autres rêves sur un nouvel appui. La nature est bien faite.
Puis je me regarde dans le miroir pour voir les traces, le nez meurtri par les mouchoirs trop rêches, les joues roses, le front pâle. J'ai toujours eu un teint de fantôme, encore eussent-ils vécu ces idiots-là, mais ma peau est transparente, manque de vie, elle doit réapprendre à aimer le vent. J'avais oublié les arbres, les voilà fleuris jusqu'au bout des branches, les pétales qui s'envolent et atterrissent en poésie sur le sol chauffé au soleil.
Cette lumière, cet éclat, et toute cette animalité qui me glisse sur les bras signent la fin du chapitre des romances qu'on s'égare à rêver, c'est un début charnu, mâture, qui s'offre à mes lèvres comme un délicieux roman de guerre. Là où l'on revendique, là où l'on gâte le public d'un spectacle effroyable. Quel carnage pourrais-je faire !, j'aurai tout gagné à battre moi même la terre qui se refusait à mes pieds.
Tout ça pour dire que c'est le blocus mes p'tits gars, la grande saison des examens. Un coup de fouet inimitable.
dimanche 27 avril 2008
ENCORE MALADE...
D'abord ça s'insinue comme un serpent se hisse sur une épaule. Il n'y a pas d'accrocs, on sent se balancer le chant du reptile, comme un signe sournois que le bonheur du moment risque de tourner au morbide. Et puis ça commence, ça s'attaque à la tête, la fièvre cadenasse mon front, j'ai peut-être été allongée plus que de raison, mais ça s'étendait à une vitesse fulgurante. Mon ventre ne suivait plus, manger était dérisoire, on en veut à cette ballade mièvre qui nous à piqué notre coeur. C'est un poison, c'est un sarcasme, un soubresaut qui me brise en larmes. Si je ne passais pas le jour, j'en aurait voulu à la bête qui me poignardait les sens. Je lâche les tensions, ça ne résiste même plus, et quelle idée de briser son ego dans une valse écoeurante. J'ai réussi à reprendre le dessus en 5 jours. Je suis faible, je suis sans ressources, le monstre a laissé derrière lui des crachins infectieux. D'une maladie à l'autre, je réfléchis, mais je ne vais pas franchement mieux.
lundi 21 avril 2008
TEXTE ::: Les illusions embrouillées...
... je m'appelle la dingue.
J'ai une famille décomposée, qu'on a rafistolée avec des bouts de scotch trop vieux pour que ça tienne. Du coup, il y a le "chez papa" et le "chez môman", une sorte de cirque à deux niveau.
Il y a des moments où je me pose des questions.
De savoir si c'est normal de se sentir si détaché de ce qu'on vit au quotidien. Si c'est normal de penser sans arrêt au bonheur qui était le nôtre d'avoir été petit, d'avoir pu faire des caprices, d'avoir su se rendre compte du bonheur des parents que l'on avait encore unis sous nos yeux.
Puis il y a le balayage, le grand brouillard, en un jour la purée de pois s'efface, et on se retrouve seul à soutenir un adulte, à le supporter pour qu'il ne s'écroule, à essayer de lui donner l'amour dont on peut disposer à à peine 8 ans. C'est un chemin de conscience, c'est un chemin où l'on voudrait marquer le coup par certaines absences, ne pas se souvenir des pires choses que l'on ait pu entendre, les suppositions, les cris, les portes. C'est toujours terrible une porte qui claque.
Ça laisse place au silence. A la réflexion. Seule, les jambes pliées, le menton collé au genoux, et une larme qu'on a pas su retenir. Puis à quoi bon l'empêcher de couler, à quoi bon la garder, on préfère encore se débarrasser de ses rancoeurs.
On pardonne, on s'esclaffe, on fait des brownies pour redonner le moral à la terre entière, des pépites de chocolat grandes comme les billes de ma période garçon manqué, immensément consolatrices.
Puis j'ai appris à grandir, de toutes les manières dont il est possible de s'étirer vers le ciel. J'étais un enfant médiocre, jamais rien ne plaisait à mes profs, toujours des 6/10, des 12/20. Bonne à rien. C'est le genre de notes qui me rendait furieuse, que pouvait-on bien en dire ? C'était rase-mottes, ou catastrophique ?
Je suis devenue une artiste à ma manière.
J'ai commencé à écrire, à lire énormément. Puis il y a eu mes dessins, mes doigts pleins de peinture, mes bouts de crayons, mes griffonnages. ET enfin la musique. Il fallait un exutoire, une porte de sortie, une grande vasque pour pouvoir déverser mon trop plein de sensibilité, je n'arrivais pas à me détacher de ce monde envahissant autrement qu'en me déversant intelligiblement d'une autre manière que celle dont les gens le font: par les mots, les lignes, les traits, les notes.
Bien sûr, on dira que manier le verbe, c'est comme parler, ça libère, ça soulage, et ça inclut une autre personne qui est censée nous comprendre, ou subir le flot que l'on aurait pas su canaliser. Mais écrire. Rien n'est comparable à ce que je peux ressentir quand je savoure ma feuille blanche des yeux, et que, quelques instants plus tard, elle est noircie de mon talent, qui tache, qui colle, mais qui sent ce que je suis. Une sorte de reconnaissance personnelle, que personne ne peut m'offrir à par moi-même.
...
"Tu ne m'as jamais dit si c'était juste, si c'était un noeud de discorde que j'aurais du défaire. Il y a toujours un devoir, une pièce que l'on doit se charger de trouver, de détruire, de garder. Quelle galère".
